[Film] Dogville - Lars Von Trier

Réalisateur : Lars Von Trier
Avec : Nicole Kidman, Paul Bettany
Drama, Danemark (2002), 177 minutes
Sortie le 21/05/2003
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On sera tous d'accord pour dire que Lars Von Trier est un metteur en scène hors du commun, qui nous sort régulièrement des films hors-normes. Lorsque je dis hors-normes j'entend bien des films qui ne suivent en rien des normes préétablis. En quelques sorte il s'agit donc de films extra-ordinaires.
Dogville fait en tout points partit de ces films, qui, par leur conception artistique - dans la forme ou le fond - déstabiliseront plus d'un spectateur. Donc, dans la plupart des cas, soit on adhère totalement, soit on déteste.
La personne qui adorera traitera alors Lars de véritable petit génie, ayant un réel talent artistique, ce qui, de nos jours, ce doit être souligné.
En revanche, ceux qui n'auront pas adhérer au délire "pseudo-artistique" du metteur en scène, se mettront probablement à le considérer comme un réalisateur au bord du gouffre, cherchant une inspiration a tout prix originale, et jugeant qu'il lui serai préférable de rester dans les sentiers battus, dans ce qui se fait, se refait, et se répète sans cesse.
Bien évidement, je prendrai le parti des personnes partageant le premier jugement. Lars von Trier est un metteur en scène expérimental, ça plait ou ça déplait, mais on ne peut pas lui reprocher d'essayer de nouvelles choses. Rappelons d'ailleurs qu'il est l'auteur du Dogme95, un mouvement cinématographique initié par le danois et quelque uns de ces compatriotes, en opposition aux superproductions. Je me permet de mettre ici le texte de ce dogme, ça me parait intéressant :
« Vœu de chasteté
Je jure de me soumettre aux règles qui suivent telles qu'édictées et approuvées par Dogme 95
1. Le tournage doit être fait sur place. Les accessoires et décors ne doivent pas être amenés (si on a besoin d'un accessoire particulier pour l'histoire, choisir un endroit où cet accessoire est présent).
2. Le son ne doit jamais être réalisé à part des images, et inversement (aucune musique ne doit être utilisée à moins qu'elle ne soit jouée pendant que la scène est filmée).
3. La caméra doit être portée à la main. Tout mouvement, ou non-mouvement possible avec la main est autorisé. (Le film ne doit pas se dérouler là où la caméra se trouve; le tournage doit se faire là où le film se déroule).
4. Le film doit être en couleurs. Un éclairage spécial n'est pas acceptable. (S'il n'y a pas assez de lumière, la scène doit être coupée, ou une simple lampe attachée à la caméra).
5. Tout traitement optique ou filtre est interdit.
6. Le film ne doit pas contenir d'action de façon superficielle. (Les meurtres, les armes, etc. ne doivent pas apparaître).
7. Les détournements temporels et géographiques sont interdits. (C'est-à-dire que le film se déroule ici et maintenant).
8. Les films de genres ne sont pas acceptables.
9. Le format du film doit être le format académique 35mm.
10. Le réalisateur ne doit pas être crédité.
De plus je jure en tant que réalisateur de réfréner mon goût personnel. Je ne suis plus un artiste. Je jure de me garder de créer un « travail », car je vois l'instant comme plus important que le tout. Mon but suprême est faire sortir la vérité de mes personnages et de mes scènes. Je jure de faire cela par tous les moyens disponibles et au prix de mon bon goût et de toute considération esthétique.
Et ainsi je fais mon Vœu de Chasteté
Copenhague, Lundi 13 Mars 1995
Au nom du Dogme 95
Lars Von Trier, Thomas Vinterberg »
Lars lui même n'a pas toujours respecté ces principes, et personnellement, je l'en remercie.
Bon, parlons du film maintenant.
Pour tourner Dogville, notre danois a tapé fort puisqu'il a opté pour quelque chose qui ne s'était encore jamais fait : créer un film sans décors. Le film se passant dans un village, les maisons sont délimitées par des lignes blanches avec à l'intérieur le nom des proprios, les noms des rues sont inscrites sur le sol, les parcelles fleuries sont indiqués par des ronds et le nom des fleurs…seul quelques morceaux de murs sont présents, les acteurs mimes les ouvertures/fermetures de portes…bref, un projet osé, que l'on peut habituellement voir au théâtre.
Ce choix n'est pas sans raison puisqu'il avait pour but de focalisé toute l'attention du spectateur sur les personnages. Un choix qui porte ces fruits puisque l'œil n'a plus que les acteurs ( tous très bons ) comme point de repère visiuel.
De plus, les personnages étant peu nombreux ( une quinzaine ),cela permet de renforcer le parallèle théâtral, et de travailler en profondeur la psychologie des personnages, ce que le magnifique scénar de Lars fait très bien. Il nous plonge dans un village à la population réduite mais représentative de la société moderne, ou la marginalisation et l'individualisme sont monnaie courante. Et pourtant, chacun recherche en soit une fierté, une reconnaissance de la part du prochain et de soi-même. On peut sentir chacun d'entre eux lutter intérieurement entre un égoïsme pure et une volonté de faire le bien, de suivre une morale que préétablira au fil du film Tom ( le très bon Paul Bettany ) afin de savoir qu'adviendra "leur" belle fugitive : Grace ( l'excellente Nicole Kidman ). Ils auront en quelque sorte droit de vie ou de mort sur elle.
C'est donc dans une atmosphère tendue que l'histoire s'étalera sur presque trois heures ( qui passe aisément sans ennuie ), durant lesquels la nature humaine se laissera aller jusqu'aux pires abominations, qui vont d'ailleurs jusqu'à la déshumanisation de la pauvre Grâce, qui finira elle-même part montrer la part bestiale/sauvage de sa nature.
Bref, c'est un film dur que nous livre sieur Trier, mais avec la manière, et quelle manière !
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